Présentation du projet : N'na, la mère de Réo
N’na, la mère de Réo
Histoire de Salimata Kamuni.
Salimata Kamouni est une Accoucheuse Villageoise ou AV qui habite au secteur 9 de la ville de Réo, à une centaine de kilomètre de Ouagadougou, au Burkina Faso. Elle a 74 ans. Elle est la fille d’un accoucheur traditionnel. Un accoucheur traditionnel est un berger à qui recours est fait lorsqu’une parturiente est en difficulté. Intéressée très jeune au métier paternel, elle fait son apprentissage avec lui. Très douée, elle fit sa première expérience individuelle à l’age de 12 ans en aidant l’une des femmes de son père en l’absence des adultes partis au champs. Depuis ce jour sa destinée est toute tracée.
2. Trajectoire professionnelle.
Reconnue dans son quartier comme accoucheuse traditionnelle, elle acquiert le statut d’accoucheuse villageoise en suivant une formation en santé de la reproduction en 1987. C’est cette même année qu’elle commença à exercer dans la maternité de son secteur. Responsable de la maternité, elle était assistée de deux autres AV qui enregistraient les naissances. Elle était la seule habilitée à faire les accouchements. Cette maternité a été fermée en décembre 1999 pour un manque de suivi sanitaire et des problèmes d’hygiène.
Après douze ans de fonction dans une institution elle retourna à ses pratiques anciennes. Elle fait les consultations prénatales et les accouchements à son domicile
Elle travaille de façon traditionnelle avec quelques matériaux modernes: gants, ciseaux, pots en plastique, eau de javel, etc. Les consultations et l’accouchement se déroulent dans une petite chambre sur une natte couverte de plastique. Sans pouvoir les décrire de façon précise, elle a des techniques qui lui permettent de détecter les grossesses pathologiques, de déterminer avec précision l’heure de l’accouchement et d’éviter les sutures pendant l’accouchement.
3 Raisons de son succès
Salimata connaît un tel succès qu’elle draine plus de femmes chez elle que les formations sanitaires de la ville. Ce succès est lié à trois facteurs:
-l’accueil. Elle sait écouter et mettre en confiance les parturientes Elle rassure celles qui ont peur et aide celles qui ont des difficultés.
-le coût. Une somme de 2500 CFA et deux boules de savon sont demandés. Ce coût est discutable et payé en nature(mil, poulet, etc..). Tout dépend de la bonne volonté de l’usager, certains sont honnêtes tout comme d’autres ne le sont pas. Elle n’exerce aucun moyen de pression pour faire payer ses services. Elle n’est pas regardante sur le coût et attend plutôt une reconnaissance sociale
-la compétence sociale. Elle est décrite par les usagers comme une personne qui connaît son travail. Elle fait bien les accouchements et lorsqu’elle envoie une femmes aux services sanitaires c’est qu’elle est censée y subir une césarienne. Elle dit précisément l’heure de l’accouchement et cela s’avère le plus souvent juste.
4- Relation avec les services de santé
Les critères de son succès constituent également les faiblesses des structures sanitaires formelles de la ville d’où une perte de leurs usagers potentiels. Face à cette concurrence, elles cherchent à mettre fin à ses activités. Favorisées par des mesures nationales encourageant l’arrêt des accouchements fait par les AV, les autorités sanitaires sont cependant confrontées au charisme de cette accoucheuse qui reste incontournable auprès des usagers. Assez respectueuse de la collaboration avec les services de santé, elle encourage les femmes à s’y rendre pour les consultations prénatales et les y envoie aussi en cas de complications pendant l’accouchement.
Préoccupations personnelles et perspectives
Salimata se perçoit comme utile à la société. Elle œuvre d’ailleurs au nom de ce rôle que lui confère son don et se sent obligée de l’assumer correctement malgré le poids de l’âge. Opinion que ne partagent point les formations sanitaires en lui attribuant la responsabilité de tous les problèmes de complications liées à l’accouchement, notamment les infections et les hémorragies. La plupart des agents de santé ne la connaissent pas physiquement mais certains la traitent de voyante, de jeteuse de cauris, etc.. Choses que nous ne sommes pas en mesure de prouver malgré nos nombreuses observations. La question de mettre fin à ses prestations reste posée.
Rachel Médah
Réalisation: Rachel Médah, Jean-Pierre Jacob, Robert Cassan
Durée : 41 mn
Année : 2009
Production : Jomo Production
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